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Les évadés du convoi 53

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Benjamin FOGEL

Editions Gallimard

Collection « Blanche »

304 pages

2026

Coup de cœur

« Transportez des juifs dans des wagons de marchandises ? Il n’y a que les nazis pour avoir de telles idées. » p, 137.

« La liberté appartient à ceux qui veulent la prendre et elle profitera à tous ceux qui y aspirent. Personne ne veut être un ennemi de la liberté. » Simon BADINTER, p.158.

Le convoi 53

Le convoi 53 est un convoi de déportation. Son trajet ? Du camp de Drancy, aux portes de Paris (Seine-Saint-Denis), jusqu’à Sobibor, camp d’extermination situé en Pologne.

Principal lieu d’internement des Juifs de France, Drancy devient à partir de 1942, le camp de transit clé vers l’enfer concentrationnaire, s’inscrivant dans la terrible mécanique de la « Solution finale ». On l’appelle, alors, « l’antichambre de la mort ».

À son bord, 1 008 personnes, dont 118 enfants. S’ensuivent trois jours de voyage à travers l’Allemagne et la Pologne dans des conditions épouvantables — la faim, le froid, la maladie, la peur viscérale. Des êtres humains parqués comme des animaux, poussés vers le terminus de la barbarie.

Parmi eux, Simon Badinter, le père de Robert Badinter (arrêté lors de la rafle de la rue Sainte-Catherine à Lyon). Mais aussi treize hommes dont les destins vont s’unir :

  1. Sylvain KAUFMANN (clic, lien Gallica/BNF)
  2. Hugues STEINER
  3. Jacob REYMANN
  4. Léon FOUCKSMAN
  5. Gilbert KOFFMANN
  6. Josek GOLDBERG
  7. Jean KOTZ
  8. Angelino SCHWARZWALD
  9. Bernard ROZENBERG
  10. Paul GUERIN
  11. Pierre-Jacques BRAUNSCHWEIG
  12. Paul FOGEL (grand-père de l’auteur ; Clic sur le nom pour écouter les entretiens INA – Mémoires de la Shoah
  13. Robert FOGEL

En ce 5 mars 1943, le convoi n° 53 s’ébranle, grince et commence son périple.

« Ils sont 13 forcenés prêts à s’évader. 13 hommes prêts à tenter le tout pour le tout. 13 morts en sursis. Ou 13 héros en devenir ? » (p.160)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Westerbork,_Netherlands,_Jews_boarding_a_deportation_train_to_Auschwitz.jpg - clic sur l'image

De la dénonciation au sursaut

Tout commence par une trahison. Puis, par une dénonciation. Enfin, une arrestation. Juif !

Non répertorié sur les registres. Hors la loi puisque les ordonnances antisémites mises en place dès l’automne 1940 ne sont pas respectées (étoile jaune). Déserteur, Robert FOGEL lors de la débâcle de juin 1940 ?

Un triangle amoureux qui tourne au vinaigre. Une amante déçue et vengeresse. Au nom de la patrie et du devoir (l’abjection humaine s’imbrique dans l’Horreur), le voici, lui et sa famille (dont son frère Paul), déportés :

  • Drancy
  • Internés à Beaune-la-Rolande (Loiret)
  • Transférés une nouvelle fois à Drancy
  • Direction, Sobibor !

Menés par Sylvain KAUFMANN, armés d’outils de fortune et d’un courage désespéré, ils entreprennent de scier le plancher du wagon et de sauter du train en marche, en plein cœur du Troisième Reich.

Benjamin Fogel, petit-fils de Paul, retrace cette trajectoire chorale et haletante. Il nous donne à voir

  • la transition psychologique de ces hommes
  • la peur qui se mue en une rage de vivre
  • la solidarité absolue d’un collectif face à la solitude de la fuite
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Photographie générée avec une IA par ©entre-ecriture-et-lecture, droits réservés

L’humanité face à la barbarie

L’auteur met en avant cette formidable fraternité, sans lien de sang, qui unit les personnages et c’est là, leur point commun.

Qu’ils soient allemands, polonais ou français, ils sont avant tout perçus comme juifs. Ils subissent une haine viscérale à cause de leur seule appartenance ethnique, même non religieuse.

C’est précisément ce que ressent Robert Fogel : appartenir à cette communauté lui rend son identité, sans qu’il puisse pour autant comprendre les ressorts d’un tel antisémitisme. « Le sentiment d’appartenance à un groupe submerge Robert. » (p.240).

Cette fraternité se mue rapidement en solidarité et en combativité, guidée par un seul crédo : survivre. Une volonté inébranlable les anime, malgré les insultes, les humiliations, les privations, les interrogatoires musclés et la torture. « Fatigué, mais pas résigné », répond Sylvain à Paul (p. 265).

La force de caractère inouïe de ce personnage, véritable héros du roman, éblouit ses camarades et les transfigure tous au fil des pages. Le collectif devient alors une structure de résistance morale, gardienne d’un humanisme précieux au cœur de la déshumanisation méthodique voulue par les nazis.

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Plongée dans ma lecture : bouleversante, émouvante, vraie

L’écriture blanche : la force d’un coup de cœur

J’ai aimé ce livre dès la première page et dès les premiers mots. Cette lecture fut un coup de cœur, d’abord pour son histoire — son contexte et la véracité des événements —, mais plus encore pour son écriture : un véritable ravissement. Je suis, par nature, très sensible au style littéraire.

L’écriture est belle et brute, sans fioritures car volontairement dépouillée. Sincère, authentique et factuelle, elle déploie un style épuré, sobre et d’une grande fluidité. Les verbes d’action dominent tout le roman, maintenant un suspens de chaque instant :

  • Une écriture tendue et dramatique qui ne laisse aucun répit au lecteur, à l’image du destin de ses protagonistes
  • Une écriture maîtrisée qui renforce la violence brute du réel. Le roman devient alors totalement immersif et l’on s’attache éperdument aux personnages. J’ai eu peur, j’ai eu froid, j’ai eu mal. C’est bouleversant et profondément émouvant, sans jamais tomber dans le pathos.

Le choix du présent de l’indicatif donne au récit une dimension d’instantanéité et d’immédiateté. On vit l’action, on subit l’événement. Le lecteur y est plongé, tendu, stressé. Ce procédé glace le sang et abolit toute distance temporelle. J’ai littéralement remonté le temps !

J’étais à Drancy, dans ce wagon plongé dans l’obscurité, étouffant sous la promiscuité et les odeurs humaines s’imprégnant sur mon corps. J’ai partagé leur terreur de sauter, la peur de mourir sur la voie ferrée, perdue au cœur de la nuit.

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Photographie générée avec une IA par ©entre-ecriture-et-lecture, droits réservés

Du convoi 53 à la France de 2026 : l’obligation de se souvenir

Enfin, Benjamin FOGEL met en lumière la mécanique administrative et la collaboration française, rappelant que le voyage vers l’enfer a trouvé ses complices au cœur même de la bureaucratie de Vichy et d’une partie de la population : délation, gendarmes (rafles et tortionnaires dans les camps), espionnage, silence et acceptation…

Ce roman est un acte de MÉMOIRE car il résonne encore plus fort en 2026, dans une France où l’antisémitisme s’exprime de nouveau de manière dramatique, nourri par les résurgences de notre propre histoire et par les fractures géopolitiques mondiales importées depuis le Pogrom du 7 octobre 2023. Les ombres des années 30 ne sont jamais loin.

« Les évadés du convoi 53  » nous force à garder les yeux grands ouverts.

Pour aller plus loin

Les derniers sur la liste ?

C’est l’histoire d’une incroyable évasion du camp de concentration et d’extermination de Buchenwald en Allemagne. 

Suivez Stéphane HESSEL et ses compagnons d’armes dans cette histoire vraie, racontée à travers les recherches archivistiques de Grégory CIGNAL : magistral ! 

Clic sur la photo

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