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Là où chantent les écrevisses

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Image générée avec une IA, Gemini 3 par entre-ecriture-et-lecture

Delia Owens

Points-Editions du Seuil (poche)

480 pages

2020

  • Grand prix du meilleur roman, 2022
  • Prix audiolib, 2021
  • Prix des lecteurs, 2020

Coup de cœur 2026

« Moi, je n’ai jamais détesté les gens. C’est eux qui m’ont haïe. Eux qui se sont moqués de moi. Eux qui m’ont quittée. Qui m’ont harcelée. Eux qui m’ont agressée. C’est vrai, j’ai appris à vivre sans eux. Sans toi. Sans Ma ! Sans personne ! » Kya Clark, p.440

Là où chantent les écrevisses

Là où chantent les écrevisses. Un titre énigmatique ? Chantent-elles vraiment ? Bien sûr que non. Il s’agit, ici, d’une expression entendue par l’écrivain, celle de sa mère lorsqu’elle était enfant.

Cette locution est reprise dans son roman à travers le personnage de Ma, la mère de Kya. Puis, par Tate, son ami : « Ça veut dire, va aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux. » 

C’est exactement ce que fait Kya, dès l’âge de 7 ans, abandonnée par tous : Ma, ses frères et sœurs, puis Pa, le père, brutal et alcoolique. Sans oublier la ville entière. « Une paria, une racaille, une paumée ; elle est sale. Et en plus, elle ne sait pas lire, elle ne va pas à l’école ». C’est la rumeur, celle de toute la petite ville de Barkley Cove (ville fictive) sur les bord de la mer en Caroline du Nord où s’étend les marais.

« Un marais n’est pas un marécage. Le marais, c’est un espace de lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrient le disque du soleil jusqu’à la mer, et des échassiers s’en envolent avec une grâce inattendue – comme s’ils n’étaient pas faits pour rejoindre les airs – dans le vacarme d’un millier d’oies des neiges. » Prologue, 1969, p.11.

Le corps de Chase Andrews y est découvert par deux adolescents. Il git au pied de la tour de guet : pas de traces, pas d’empreintes. Il serait passé par la trappe ouverte à 20 mètres au-dessus du sol. C’est un meurtre.

Qui a tué  Chase Andrews ? Pourquoi ? Comment ? Les soupçons se portent sur la « fille des marais ». Est-elle coupable ?

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Image générée avec une IA, Dall-e 3 (Chat GPT) par entre-ecriture-et-lecture, tous droits réservés

Un roman hybride

Ce magnifique roman se compose de différents genres :

Le roman d’apprentissage 

C’est celui de Kya, enfant livrée à elle-même, solitaire et débrouillarde. Elle apprend à vivre, voire à survivre : se nourrir, gagner un peu d’argent en vendant ses moules à Jumping, l’épicier noir dans le marais, à cuisiner tout en restant dans la cabane familiale où elle y dessine et peint à l’aquarelle.

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Image générée avec une IA, Dall-e (Chat GPT) par entre-ecriture-et-lecture, tous droits réservés

Kya s’initie au bateau à moteur, se repose sur ses souvenirs, ses expériences personnelles et grandit au contact de la nature. La nature, c’est sa mère comme le marais nourricier. On suit l’évolution de Kya, de l’enfance sauvage à la maturité d’une femme accomplie ayant appris à lire grâce à l’amour platonique et sincère qu’elle entretient avec Tate.

La nature Writing

La nature est omniprésente dans le roman, ce qui fait sa force, à mon sens. Elle n’est pas qu’un décor, mais bel et bien un personnage central, organique, une biodiversité luxuriante qui donne sans rien demander en retour, et décrit avec une précision scientifique, l’écrivain étant zoologiste et éthologue.  Les passages littéraires sont poétiques et d’une beauté époustouflante rendant l’immersion totale à l’intérieur de l’ouvrage.

Le roman policier

L’enquête sur la mort de Chase Andrews sert de fil rouge (le « page-turner« ) et crée une tension dramatique constante entre le passé et le présent, les évènements se succédant entre 1952 et 1970 où la ville rejette et méprise Kya, sans la connaître.

J’y vois une opposition constante et nette entre Barkley Cove et les marais (nature) : entre brutalité sauvage, mais honnête basée sur des lois biologiques (survie, reproduction et défense du territoire) et le monde des préjugés, des ragots et de la cruauté, où le racisme (Jumping) et le mépris de l’autre font loi. Une société pervertie par le rejet et l’indifférence.

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Des symboles puissants

Là où chantent les écrevisses, c’est mon coup de cœur en ce début d’année 2026. Admirative de l’héroïne, symbole de résilience absolue, Kya est bouleversante d’humanité et de pureté. Elle est sincère, spontanée et survie grâce à sa force intérieure qui fascine, à la fois, Tate et Chase qui fantasme sur elle.

Kya symbolise le lotus, née dans la boue devenant une fleur éclatante de beauté et d’une grande intelligence. Elle devient une naturaliste autodidacte, reconnue par ses pairs grâce aux ouvrages publiés (merci Tate) ; la lecture et l’écriture deviennent ses outils de survie et de reconnaissance sociale : émancipation ! Et parce qu’elle fait corps avec la nature, ne l’ayant jamais subie.

Cette nature devient sa mère, son abri, sa nourriture et ses leçons de vie : les lois naturelles de l’école de la vie. L’éthologiste romancière y intègre l’analogie entre l’humain, la faune et la flore (comportement et  interactions) donnant la dimension déterministe du livre : l’humain reste un animal régi par des instincts profonds.

C’est un roman sur la solitude, l’abandon répété. L’auteur explore la psychologie de l’isolement, Kia développant une peur viscérale du rejet. Cependant, elle a besoin de l’autre, d’amour et de connexion, mais une méfiance réflexe envers tout être humain qui s’approche d’elle. Malgré les trahisons et les humiliations, Kya reste entière (autonomie) et souvent silencieuse comme pour se protéger des agressions extérieures.

La plume est simple, jamais pompeuse, mais d’un lyrisme naturel qui m’a transportée.

Un roman « chef-d’œuvre », à la fois violent et poétique, qui m’a émue par sa justesse : une histoire de vengeance et de revanche sur la vie où l’héroïne finit par s’imposer par sa propre lumière.

Pour aller plus loin ?

Vous aimez la nature ? Elle vous appelle ? 

Après les marais, je vous invite en Sibérie, en pleine débâcle dans une nature sauvage que Liouba, 15 ans, a appris à comprendre.

Une chasse à l’homme, ça vous dit ? 

«[…] par l’idée réconfortante d’une nature salvatrice qui offrirait un refuge loin de la violence des hommes.», p. 176

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