Editions La Thrace
Tome 1 s/3
391 pages
Avril 2025
« Peut-on vraiment laisser le passé derrière soi quand on s’enfonce dans une forêt qui, elle, n’oublie rien ? Une lecture qui me transporte dans la nature sauvage. »
Oldforest ?
Oldforest est un parc national canadien (fictif) fondé en 1924. Il est situé dans la province de la Colombie-Britannique au pied des White Mountains. Il abrite d’immenses forêts dont une forêt originelle dite primaire qu’on appelle la forêt interdite. Est-elle interdite parce qu’elle est dangereuse, ou parce qu’elle est sacrée ?
Personne n’a le droit d’y pénétrer, pas même les habitants de la principale ville Hell town ou ville infernale, en français. L’enfer y règne-t-il ?
En tout cas, une ambiance étrange domine. En effet, le parc est fermé aux touristes durant la période hivernale qui s’étend de la mi-septembre à juin. Même les locaux n’ont pas le droit de s’aventurer plus au nord ; Gabriel, le chef des rangers applique strictement les lois établies par la communauté. Quelle communauté ?
Ambiance malsaine, lourde de silence et de non-dits, partout le secret plane sur la ville et le parc. Que cache cette pseudo-quiétude ? Le suspens en est le fil conducteur.
Le parc, fermé et replié sur lui-même, reste vigilant sur l’extérieur. Les étrangers ne sont pas les bienvenus et tout est fait pour les dissuader de rester. Tout le monde se connaît et tout le monde s’épie. Pourquoi ?
Quel mystère plane au-dessus de ce parc gigantesque peuplé d’animaux sauvages : grizzlys, bisons, élans, hiboux et un magnifique loup blanc, mystérieux lui aussi ?
La quête de la vérité
Anton, ancien membre des forces spéciales britanniques en terrain hostile, revient à Oldforest pour effectuer son pèlerinage :
- Faire le deuil de Déborah, sa fiancée, décédée à la suite d’un accident de voiture dont il se sent terriblement coupable
- Tourner la page, une fois pour toute. Son retour, c’est la quête d’une rédemption.
Sur les lieux, il rencontre un loup blanc qui le fixe longuement, puis s’enfuit. Hasard ? Anton entre dans une connexion mystique avec l’esprit sauvage de la forêt. Comme un appel…
A Hell Town, dans le bar Warehouse, il est persuadé d’apercevoir son ex-compagne, vivante…Hallucination ? Réalité ou surnaturel ?
Refusant de partir avant d’avoir des réponses, Anton s’allie à Alaska, une jeune photographe locale qui, elle aussi, se sent à l’écart de cette communauté repliée sur elle-même et cherche des réponses sur la disparition de son père, botaniste, venu étudier la forêt.
Ensemble, ils s’aventurent au cœur de la forêt sauvage et glaciale pour percer ses mystères, le parc national fonctionnant comme un Huis-Clos à ciel ouvert.
L’appel du sauvage
Ce livre est une immersion totale grâce à la plume de l’auteur, très visuelle ; un nature writing que j’adore.
Un roman intense dans ses descriptions, celle de cette longue quête pour remonter jusqu’aux pieds des rocheuses. Une longue marche par un froid hivernal glacial (la température descend sous les – 20 degrés). Pour survivre, il est nécessaire de s’adapter aux conditions extrêmes. Anton nous donne une leçon de survie… à travers :
Des paysages enneigés, une forêt immense et dense, un monde sauvage et hostile, lieu de tous les dangers. L’environnement est un personnage à part entière, le personnage central. C’est un récit d’aventure exalté par un suspens, « un page turner » qui nous happe du début à la dernière ligne.
J’ai eu froid, j’ai eu peur, je fus épuisée dans ce périple :
- Le blizzard qui fouette
- La brume qui aveugle (clairière de bisons à traverser)
- Le silence étourdissant et angoissant (où tous les bruits de la forêt sont amplifiés ainsi que les sens)
- Le calme et la sérénité de la forêt (introspection de soi pour Anton)
- La beauté des paysage (où l’on se sent petit, humble devant la nature)
- Isolé du monde (Anton y trouve sa place et ses réflexes, une renaissance pour lui ?)
- L’attaque des loups (sauvés par le loup blanc, un guide ?)
- Une traversée de tous les dangers…qui nous fait réaliser que nous pouvons dépasser nos limites (physiques et mentales), le cas d’Alaska ?
C’est la nature, ici, qui domine l’Homme et non l’inverse. Lui qui a toujours cru pouvoir la dessiner, l’exploiter et la posséder sans la comprendre, l’aimer, la respecter. Un petit côté écolo Pierre-Yves Touzot ?
Cet univers sauvage pousse nos protagonistes à se découvrir. Dans la forêt, les artifices sociaux tombent. Il ne reste que l’homme face à l’immensité.
Entre thriller et mysticisme
Et comment ne pas être subjugué par l’apparition de ce loup blanc ? Un loup mystique, gardien et guide à la fois. Anton a-t-il rêvé en le voyant à plusieurs reprises ?
Il symbolise nos pulsions les plus sauvages et la peur de l’inconnu. Le danger vient-il de l’animal ou de l’homme (Helltown) qui se comporte comme un loup ?
Pourtant, l’animal n’est pas qu’un simple prédateur, sa présence fait le pont entre le réel et le spirituel, celui qui voit entre les deux mondes (des vivants et des morts). Il incarne la sagesse de la survie et j’y vois, également, Anton (résilience après le deuil et résilience de la nature qui reprend ses droits). Ils sont liés, ensemble comme deux âmes.
Le loup veille sur les secrets de la forêt comme un esprit indien et protecteur de nos héros et de son territoire. J’ai entendu son hurlement dans la nuit, la tête levée vers le ciel.
Mais Oldforest, c’est aussi la tension permanente d’un thriller psychologique. Le danger n’est pas seulement tapi dans l’ombre des sapins ; il transpire des murs de Hell Town. Cette communauté fermée, où l’omerta règne, transforme la quête d’Anton en une traque haletante où les meurtres se succèdent. Faut-il pactiser avec le Diable pour sortir de là ?
Pierre-Yves Touzot joue avec nos nerfs entre spiritisme, thriller et écologie. J’y vois plusieurs références entre Lost, Twin Peaks et Avatar, le premier volet, des pistes d’inspiration ?
Pourquoi lire Oldforest ?
Oldforest n’est pas qu’un livre, c’est une expérience sensorielle. Pierre-Yves Touzot nous offre un récit où le froid n’est pas une fin en soi, mais le début d’une vérité. On en ressort avec l’odeur du sapin dans les narines et ce hurlement de loup qui résonne encore. Une lecture nécessaire pour quiconque cherche à retrouver sa propre part de sauvage. Sous l’intrigue du thriller, Touzot interroge notre rapport à la préservation de la nature sauvage.


Merci pour cette découverte !!
J’en suis ravie. Très bonne lecture ! Et bon dépaysement…assuré !