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LE BERGER D’ALEP

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Stéphanie Pérez

Editions Récamier

348 pages

2026

Coup de cœur 

« Je ne voulais pas de ce chien…je ne croyais pas qu’on pouvait s’attacher à une bête. ..(…) il n’a pas pris de place, il s’est juste glissé là où le vide était trop grand. (…) Un animal… parfois ça peut réparer les hommes. » Le berger d’Alep, p.78

Alep, 2016 : la ville en guerre

Syrie, 2016. La ville dAlep, plongée dans la guerre civile (bataille d’Alep), est divisée entre les quartiers ouest, tenus par le régime de Bachar el-Assad, et les quartiers est, tenus par l’opposition (l’Armée Syrienne Libre ou ASL), et menacés par l’avancée des groupes djihadistes comme l’État islamique — « les hommes en noir », comme les nomme l’écrivain dans le roman, dans un contexte de violences extrêmes et de combats incessants.

Dans cette ville assiégée, où les habitants sont pris au piège, Zaatar (qui signifie thym ou mélange d’épices au Proche-Orient), un chien berger adopté par Maya et son fils Elias, va transformer la vie quotidienne des habitants d’un immeuble.

« Zaatar ? Comme l’épice ? Oui. Parce que c’est une bonne bête, il sent la maison. Il a le cœur chaud. (…). C’est un chien de berger, un chien de garde. Il observe, reste à distance, et choisit à qui il fait confiance. » p. 14

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Mil.ru ; https://commons.wikimedia.org/wiki/File:International_Mine_Action_Center_in_Syria_(Aleppo)_45.jpg

Le médiateur de l’immeuble

Au milieu des ruines, de la peur et du désespoir, Zaatar redonne le goût de vivre en humanisant chacun des voisins et en les consolant. Peu à peu, chacun apprend à faire confiance à l’autre, les langues se délient et la solidarité s’installe. Sans jugement, avec beaucoup d’écoute et de compassion, les habitants finissent par se rapprocher.

Zaatar devient alors le lien : un véritable médiateur, capable de faire tomber les verrous de la méfiance, de la défiance, de la suspicion, de la peur, de la tristesse et de la haine entre les communautés.

L’immeuble est un microcosme de la ville d’Alep, composée de sunnites, druzes, kurdes, chrétiens, alaouites et ismaéliens, et concentre les fractures sociales, religieuses et morales de la Syrie.

À travers lui, Zaatar transmet l’amour et permet une forme d’interconnexion humaine chez des êtres anéantis par

  • l’effondrement de leur ville (bombardements, snipers embusqués, espionnage, arrestation, torture…) 
  • de leur vie (pénurie, trahison, peur, deuil, délation, sacrifice, survie, compromission ou résignation, choix)

Ce chien innocent, fidèle et loyal redonne foi en l’individu. Il comprend, ressent et, dans son animalité, redonne l’humanité à chacun des membres de cette communauté disparate. Il devient le réconfort de tous : caresses, chatouilles, biscuits, attentions… il permet aux habitants de se rencontrer et de s’unir. Il devient la mascotte de l’immeuble. Tous s’attachent à lui. Il incarne cette lueur d’espoir.

Dans le chaos, il y a toujours une lumière. Un message profondément humain que Stéphanie Pérez veut délivrer. Y croire jusqu’au bout.

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Zaatar et Ahmad ? Photo générée avec une IA par entre-ecriture-et-lecture.com©

Au-delà du symbole, des bienfaits réels

À travers Zaatar, Stéphanie Pérez met en avant les bienfaits apportés par l’animal à l’Homme. Caresser un animal, le nourrir ou simplement être à ses côtés augmente la production d’ocytocine et de dopamine, hormones associées au bien-être, au lien social et à l’apaisement.

La présence de Zaatar auprès d’Elias — qui cherche à combler l’absence d’un père et d’un époux tué par la guerre — illustre ce que la science observe au quotidien : le contact animal apaise le système nerveux, réduit l’anxiété et rompt la solitude.

Dans Le berger d’Alep, Zaatar incarne ces bienfaits à l’échelle d’un immeuble entier. Il n’apaise pas seulement Maya et Elias, il devient un point de ralliement pour toute une communauté en guerre.

À travers lui, Stéphanie Pérez montre que l’animal n’est pas un simple compagnon, ni un accessoire du décor ou un réconfort passif : il agit comme un véritable soutien émotionnel et un catalyseur social, capable de réhumaniser un quotidien dévasté là où la guerre cherche à tout détruire.

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Les habitants de l’immeuble durant un bombardement avec Zaatar : photo générée avec une IA par entre-ecriture-et-lecture.com ©

Hommage et résistance

Ce livre est un très bel hommage à l’animal comme symbole de résistance face à la folie des hommes. C’est aussi un hommage rendu aux animaux qui subissent eux aussi la guerre : l’abandon, l’exploitation, l’errance… (contraintes administratives et logistiques, restrictions sanitaires, fuite des bombardements, exil…). Ce sont des victimes oubliées. L’auteur souligne l’importance des associations ou chenils comme celui d’Ahmad qui recueillent et nourrit ces animaux livrés à eux-mêmes et sacrifiés.

Cette fiction littéraire repose sur une histoire vraie. Le berger d’Alep est le chien du traducteur de Stéphanie Pérez, grand reporter chez France Télévision, qui a couvert la guerre civile de l’intérieur, et cela se ressent dans la justesse du récit.

Ayant lu ses précédents romans, Le gardien de Téhéran et La ballerine de Kiev, je trouve, ici, sa plume plus mature, plus sensible, plus incarnée, mêlant tendresse, sincérité et sobriété.

La guerre est vue à travers Zaatar. Il observe le monde à partir de ses sensations, des tensions qu’il perçoit et des habitudes humaines. L’animal ressent la présence des personnes dans leur posture et dans leurs silences. On ne peut qu’avoir de l’empathie pour ce berger d’Alep hors du commun.

En 2023, le tremblement de terre vient encore bouleverser cette histoire déjà marquée par la guerre, renforçant la portée tragique et humaine du roman.

« Je ne pensais pas qu’on pouvait s’attacher à une bête comme ça…je me disais que les gens qui pleurent leurs animaux sont des fous….et regarde moi maintenant, je m’inquiète pour lui comme si c’était mon enfant. Il ne m’a jamais lâchée. Si j’ ai tenu tout ce temps, c’est grâce à lui. » Maya à Nour, p. 243

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Photo du bandeau : Zaatar/Nova et Stéphanie Pérez en plein reportage ? réalisée avec une IA par entre-ecriture-et-lecture.com ©  

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