272 pages
2026 (rentrée littéraire)
Coup de cœur
« J’aurais dû me méfier de cette cabane sur pilotis, avec sa porte en plexiglas et son toit rouge. Mon sixième sens m’avait pourtant soufflé que sa découverte ne serait pas anodine… Je ne l’ai pas » écouté » p.64-65
La boîte à livres
J’ai réceptionné ce livre dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio (un livre, une critique), sélectionné parmi une longue liste. L’occasion pour moi de découvrir un auteur et une maison d’éditions, celles des Editions du jasmin (quel joli nom !), qui ont eu la délicatesse de me le dédicacer. Ça, j’adore !
La boite à livres ? Vous savez, c’est cette petite boite, souvent en bois, qui ressemble à une cabane avec un toit pentu et coloré, une porte en plexiglas et contenant une ou deux étagères horizontales à l’intérieur. Elle abrite des livres (poches, brochés…) laissés là. Le slogan ? Prends un livre, dépose un livre…gratuitement ! La boite à livres, nivelle les inégalités. Tout le monde a accès aux mêmes textes, sans jugement, ni barrière sociale.
Un concept importé outre-Atlantique que j’ai tout de suite adopté dans ma pratique de la boite à livres. En effet, je dépose très souvent. Je lègue mes livres pour gagner de la place dans ma bibliothèque. J’aime l’idée de donner, de me faire passeur, de partager ma lecture avec d’autres. Ce livre en main aura une autre vie, il ne sera pas jeté au pilon, ni à la poubelle. D’autres voyageront à travers ses pages, pleureront ou pas, se trouveront ou pas. Ils vivront comme moi des histoires passionnantes.
Un pont entre Heliane et Eline ?
Et, c’est exactement, ce qui se passe dans ce roman. Une boite à livres vue comme « un pont entre nos pensées », p.151. Un pont entre individus, celui d’Eline, trentenaire et d’Héliane, sexagénaire.
La première est sans abri, la seconde habite un appartement dans un immeuble cossu du boulevard de la Liberté, à Lille. Rien ne pouvait les faire se rencontrer, et pourtant…une boite à livres comme un passage, un lien entre deux personnes esseulées.
Et c’est bien de solitude dont il est question dans ce livre, une solitude lourde et étouffante. La solitude des personnes âgées, sans famille et peu d’amis, dont on n’attend plus rien ; et celle de la rue, déshumanisante. Cette solitude partagée et l’amour de la lecture vont se faire rencontrer ces deux belles personnes.
Le livre, un messager inattendu
Héliane dépose des lectures. « La boite a redonné un sens à ma vie et j’ai une mission à accomplir dorénavant », p.80. Qu’Eline prend à son tour. La lecture permet à cette dernière de s’extraire de sa condition précaire pour voyager à travers le monde : Japon, Brésil, Chili…
Grâce à Héliane, qui réfléchit soigneusement au livre qu’elle s’apprête à déposer, et à Eline, qui les dévore, nous, autres lecteurs, découvrons des auteurs et des genres littéraires variés. La liste est longue, près d’une dizaine d’ouvrages cités. L’auteur devient, également, notre libraire. Beaucoup d’écrivains mentionnés me sont inconnus et je ne les ai jamais lus. Autant de nouvelles pistes de lecture partagées au fil des pages. C’est magique !
Et, puis, ici, le livre prend une autre dimension : il devient un support pour messages, un véritable messager. Héliane y glisse des charades (un petit jeu auquel je me suis prêtée avec joie !), sur des post-it de couleurs différentes et là, le miracle s’accomplit.
La boite à livres devient un espace de liberté, de transmission et de dialogue anonyme. Le livre physique crée un pont entre ces deux personnages.
Une chaîne de solidarité ordinaire
Une amitié tendre et profonde unit ces âmes seules et perdues dans leur vie. Les livres, la lecture, la bibliothèque et les cafés littéraires vont réunir Arthur, Louis, Mimoun, Kadija, Héliane et Eline.
Des gens ordinaires et simples, chacun avec leurs soucis, doués d’amour et d’empathie, aidant à leur façon Eline dans son quotidien :
- Un prêt de livre par Louis, le bouquiniste
- Le coin du rideau de fer du restaurant de Mimoun, tiré, permettant à Eline de passer la nuit à l’abri du froid et des agressions
- Un croissant au beurre offert par Siméon, de la boulangerie d’à côté
- La tarte aux pommes d’Héliane et la chaleur d’une grand-mère ou d’une sœur
- Des moments de présence humaine et d’écoute
« Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d’être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bailler. », à écrit Jack Kérouac dans « Sur la route », p.224.
Un coup de cœur livresque
Un livre tout doux et humaniste. Des personnages attachant formant une vraie famille au fil des pages. Un roman sur la sororité entre Héliane et Eline, malgré leur grande différence d’âge – où j’y vois, pour ma part, une relation entre une grand-mère et une petite-fille ou mère/fille. « […] je venais de rencontrer la fille que je n’aurais jamais pensé désirer. » p.177.
Tout ce petit monde forme un microcosme de belles intentions, de tendresse et d’honnêteté, de respect et de compréhension. Sans jugement ni rivalité, ils sont unis par un lien affectif puissant : une famille nouvelle, ou chaque membre se reconstruit en s’appuyant sur l’autre, la confiance s’installant au gré des saisons.
L’écriture est belle, fluide et sincère. La narration croisée et douce, alterne par chapitre, le quotidien d’Héliane et d’Eline. L’écrivain montre ce que signifie vivre à la rue pour une femme, entre précarité absolue, besoin de sécurité et gestes de solidarité informels.
Le roman met en avant la force du lien féminin. Il explore la façon dont le regard de l’autre peut redonner une existence et une dignité à celle qui pensait ne plus en avoir.
Camille Meneret montre avec brio comment la littérature et les mots ont le pouvoir d’abolir les frontières sociales et de redonner de la force aux individus. Beaucoup de résilience dans ce magnifique roman, un coup de cœur véritable !


Mille mercis pour cet article qui met si joliment en lumière mon roman ! Vous avez parfaitement dépeint les valeurs qui me tiennent à cœur en tant qu’autrice, tout comme les réalités sociales qu’incarnent Éline et Héliane au travers de leurs parcours respectifs puis de leur rencontre. Vive les boîtes à livres & vive la lecture !
Bonjour Camille, quelle joie de découvrir votre commentaire ! Ce n’est pas tous les jours qu’un écrivain poste un avis sur un billet. Je suis très heureuse de vos mots et que l’article vous ait plu. Ce fut une belle lecture. J’ai aimé vos mots, l’histoire, ces deux âmes sœurs. La boite à livres, c’est un peu mon rayon, j’adore cette initiative. A travers Eline, j’ai pensé à eux, les sans-abris. Je crois que j’en avais vu un dans ma ville, assis sur le sol et plongé dans un roman. J’ai tout de suite pensé à la boite à livres. Vive ces petites cabanes et bois et vive la lecture. Que faire sans elle ? Encore merci pour votre visite ! A bientôt sur Instagram.