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Alabama 1963

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Ludovic Manchette et Christian Niemiec

Editions Magnard

Classiques & contemporains 

352 pages

2024

« Pouvons-nous affirmer au monde, et surtout à nos compatriotes, que nous sommes le pays de la liberté, sauf pour les Noirs ? Que nous n’avons pas de sous-citoyens, sauf les Noirs ? Que nous n’avons pas de système de classe sociale ou de caste, pas de ghetto, pas de race supérieure, sauf quand il s’agit de Noirs ? » JFK, discours sur les droits civiques, 11 juin 1963. Page 98.

Alabama 1963 : un lieu, une date ?

Ces deux éléments donnent une photographie de l’époque, celle de la ségrégation raciale existant en Amérique depuis la fin de la guerre de Sécession (1861-1865). L’esclavage y est aboli par Lincoln. Qu’en est-il des droits des « Noirs » ou « gens de couleur » ?

  • Séparation des communautés noires et blanches dans l’espace public (bancs, églises, bus, restaurants, quartiers ou laveries…)
  • Exclusion des Noirs sur le plan politique et social : accès au vote, à l’instruction ou à certains métiers fortement restreint ou bloqué
  • Discrimination raciale et violence (Ku Klux Klan) sèment un quotidien difficile creusant davantage les inégalités
  • La société américaine est fractionnée en deux clans comme les jeux d’échec : les Blancs et les Noirs de chaque côté, s’affrontant dans des luttes racistes systémiques.

Et en 1963 ? Une année charnière marquant de profonds changements sociétaux, notamment en Alabama, état sudiste ségrégationniste radical :

  • L’entrée d’étudiants Afro-Américains à l’université de l’Alabama grâce à JFK et son discours prononcé depuis son bureau ovale sur les droits civiques ; ce président, perçu comme pacifiste assassiné en novembre à Dallas, est évoqué dans le roman
  • Le célèbre discours «I have dream…» prononcé par Martin Luther King lors de la manifestations pacifique, la fameuse Marche sur Washington en aout 1963, mentionné dans l’ouvrage.
Birmingham, Alabama : état ségrégationniste - Image générée avec une IA par entre-ecriture-et-lecture.com ©

Un roman noir, miroir social

C’est dans ce contexte explosif que s’inscrit Alabama 1963, un roman noir où l’enquête policière sert de prétexte à l’exploration de cette société divisée et façonnée par des stéréotypes raciaux. Enquête policière ?

Tout à fait ! Le récit est traversé par une série de meurtres visant de jeunes filles noires : viols, strangulations, agressions à l’arme blanche. À chaque crime, un objet appartenant à la victime est emporté, tel un trophée macabre. Hélas, la police de la ville de Birmingham semble indifférente, et n’est pas pressée pour rechercher le coupable qui rôde toujours dans le comté.

C’est pourquoi, les parents de la petite Dee Dee Rodgers font appel à Bud Larkin (un Blanc), ancien policier, devenu détective privé pour trouver le meurtrier afin que justice soit faite. Adela, une mère de famille noire, femme de ménage et domestique (notamment chez lui), se trouve être une alliée inattendue dans ces investigations semées d’embuches, de moqueries, d’incompréhensions et d’intimidations.

Adela et Bud enquêtent sur la disparition de Dee Dee Rodgers - photo réalisée avec une IA par entre-ecriture-et-lecture.com ©

Un duo improbable ?

Un duo attachant à l’image de ces personnages aux personnalités opposées :

  • Lui est un ours mal-léché, vulgaire, solitaire car désabusé et alcoolique, rongé par un mal profond. Mais, un fin limier à l’instinct développé prenant conscience du climat social et des différences soulevées au fil de l’enquête menée
  • Elle, posée, humble, fine observatrice et pleine d’empathie, permet à Bud de décoder les règles sociales clivant les communautés ; une force tranquille s’émancipant à ses côtés. J’ai adoré son parcours au cours du roman qui donne à voir sa transformation rapide et étonnante : apprentissage de la lecture et de la conduite en autodidacte, affirmation de soi et reconnaissance.

Ce duo va apprendre à se connaitre, à s’apprivoiser et à s’apprécier. Peu à peu les barrières (peur et rejet de l’autre, préjugés, pression sociale) s’effacent pour laisser la place à une amitié tendre, sincère et profonde, reposant sur le respect mutuel et la confiance. Chacun va se découvrir dans le regard de l’autre comme un jeu de miroir.

C’est cette alliance qui m’a plu : uni dans un même but, celui de mettre fin à ces crimes odieux, ce « quelque chose » de plus transcendant qui va au-delà des clivages :

  • Etrangers et ennemis (Blanc et Noir)
  • Hiérarchie sociale (patron et domestique)

Bud et Adela deviennent complices, solidaires et égaux ? Les inégalités explosent car Adela devient, malgré elle, sa co-équipière. Le « vivre ensemble » deviendrait-il possible ?

Dans le bureau de Bud Larkin : Adela et Bud échangent sur l'enquête criminelle en cours - image générée avec une IA par entre-ecroture-et-lecture.com ©

Entre humour et drame : un récit poignant

Alabama 1963 est un roman fluide, vivant, rythmé et truculant ; un véritable « page-turner » chargé d’un humour cinglant et décalé – véritable punchline dans les dialogues rendant les personnages authentiques car définis par leur milieu. Cet humour permet une distanciation avec les tragédies humaines et le contexte social. Une sorte de bouffée d’air ?

J’ai apprécié les références musicales nous plongeant davantage dans l’esprit de l’époque : Bing Crosby, the Ronettes, Billie Holiday Bobby Vinton Jackie Wilson

Un style très immersif dans le quotidien des personnages (on vit avec eux), qui m’a, cependant, moins séduite, habituée à une forme littéraire plus poétique ou blanche…

Une histoire captivante faisant écho par certains aspects à la fresque historique de Forrest Gump (1994) et au merveilleux roman « La couleur des sentiments », mon coup de cœur de 2013.

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Clic sur la photo pour rencontrer les auteurs du roman. 

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